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POLITIQUE/ L’INCOHÉRENCE REPROCHÉE À MARTIN FAYULU : DE LA DÉNONCIATION DE KABILA ET NAANGA À L’APPEL AU DIALOGUE INCLUSIF.

Les récentes déclarations de Martin Fayulu à Bruxelles sur le dialogue national congolais devenues virales sur X, relancent le débat sur la cohérence de sa ligne politique. Le leader de l’ECiDé et de Lamuka plaide désormais pour un dialogue inclusif réunissant les principaux protagonistes de la crise, notamment Joseph Kabila et Corneille Nangaa ainsi que l’AFC/M23.

Cette position contraste avec la fermeté de ses déclarations antérieures, lorsqu’il dénonçait Nangaa et Kabila en lien avec la crise sécuritaire dans l’Est. La question n’est donc pas seulement de savoir s’il faut dialoguer avec les acteurs du conflit, mais de comprendre comment cette nouvelle orientation s’articule avec les accusations et condamnations qu’il formulait auparavant.Cette évolution pose particulièrement la question de la mémoire des victimes de Goma et de Bukavu. Les populations de ces deux villes ont été durement touchées par les violences et les violations des droits humains documentées par plusieurs organisations. Dès lors, l’inclusion des protagonistes du conflit dans un processus politique ne peut être dissociée des exigences de justice, de responsabilité et de réparation. Dialoguer avec un acteur armé peut être politiquement nécessaire pour mettre fin à une guerre ; toutefois, dialoguer ne signifie ni absoudre, ni réhabiliter, ni effacer les responsabilités présumées. La démarche de Fayulu gagnerait ainsi à préciser les conditions de participation des différents acteurs, la place de la justice et les garanties accordées aux victimes.

En définitive, le véritable enjeu n’est pas le principe du dialogue inclusif, qui peut constituer un instrument de sortie de crise, mais la cohérence du discours qui le justifie. Entre ses anciennes dénonciations et son appel actuel à réunir tous les protagonistes, Fayulu doit expliquer clairement le changement de perspective afin d’éviter que son initiative ne soit perçue comme une banalisation des responsabilités liées aux violences de l’Est. Inclure n’est pas réhabiliter, négocier la paix n’est pas négocier la mémoire des victimes et dialoguer ne devrait jamais signifier renoncer à la justice. Le test de crédibilité de cette démarche sera donc sa capacité à concilier la recherche d’un règlement politique avec la reconnaissance des souffrances de Goma et de Bukavu.

Léon Rutherford Kanku

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