Les minerais stratégiques de la République démocratique du Congo, notamment le cuivre et le cobalt, sont au cœur d’un débat renouvelé sur la pertinence des partenariats miniers conclus par l’État congolais. Dans son intervention, Luciano M. Mabanga met en lumière les enjeux liés à la valorisation des ressources naturelles et interroge les mécanismes contractuels qui organisent leur exploitation. Le dossier SICOMINES, issu du partenariat sino-congolais fondé sur le principe « minerais contre infrastructures », demeure emblématique de ces interrogations. Conclu en 2008 et révisé à plusieurs reprises, notamment avec l’avenant n°5 signé en 2024, cet accord soulève des questions sur la gouvernance, le partage des revenus et la contrepartie effectivement obtenue par la RDC en échange de ses ressources minières.
L’interrogation s’étend toutefois au-delà de SICOMINES et concerne plus largement la présence chinoise dans le secteur minier congolais ainsi que la capacité de l’État à maximiser les retombées de ses ressources stratégiques. À cet égard, Tenke Fungurume Mining (TFM) constitue un dossier distinct, fondé sur une convention minière propre, mais particulièrement important en raison de ses importantes réserves de cuivre et de cobalt. Majoritairement contrôlée par le groupe chinois CMOC, avec une participation de 20 % de la Gécamines, TFM invite à examiner les mécanismes de participation de l’État, les royalties, les impôts, les dividendes et les autres formes de valorisation nationale.
La question du cobalt apparaît également sensible, compte tenu de son importance dans les batteries, les véhicules électriques et la transition énergétique. Les interrogations portant sur les modalités de rémunération de l’État pour ce minerai stratégique renforcent ainsi le débat sur la transparence et l’équité des accords miniers.
Au-delà des controverses entourant chaque contrat, l’enjeu fondamental est de déterminer ce que la RDC capte réellement de la valeur générée par l’exploitation de son sous-sol. Il s’agit notamment d’évaluer les recettes publiques, les participations de la Gécamines, les infrastructures réalisées, les emplois créés, la transformation locale et la capacité à développer une véritable chaîne de valeur congolaise du cuivre et du cobalt.
Dans un contexte de croissance mondiale de la demande en minerais critiques, ces ressources constituent désormais non seulement une richesse minière, mais aussi un instrument de souveraineté économique, diplomatique et industrielle. Le débat sur SICOMINES et TFM devrait donc dépasser la seule question de l’identité des partenaires pour porter sur les conditions d’exploitation, la répartition de la valeur, la transparence contractuelle et le contrôle de l’État. La question centrale demeure ainsi : comment la RDC peut-elle transformer son exceptionnelle dotation en minerais stratégiques en recettes publiques, infrastructures, emplois et développement industriel durable au bénéfice de sa population ?
Léon Rutherford Kanku



