Le projet du gouvernement congolais visant à doter les Cliniques universitaires de l’université Officielle de Mbujimayi d’un nouvel édifice hospitalier moderne suscite une vive controverse au Kasaï-Oriental.
Au cœur du différend figure la volonté de démolir l’ancien Hôpital général de référence de Dipumba, jadis appelé Bobi Ladawa, dont la gestion a été confiée à l’Université officielle de Mbujimayi (UOM) avant sa transformation en Cliniques universitaires le 11 février 2023.
Selon les orientations du projet, le nouvel établissement devrait offrir une capacité de 150 lits, avec des infrastructures répondant aux standards modernes de prise en charge, de formation médicale et de recherche scientifique. Une perspective qui, sur le principe, est présentée comme une avancée pour le système sanitaire et universitaire de la région.
Cependant, le choix du site suscite une opposition au sein de la Division provinciale de la Santé (DPS) du Kasaï-Oriental. Des cadres et agents de cette structure se sont mobilisés pour contester la démolition d’une infrastructure sanitaire existante, dont la capacité dépasse 400 lits.
Pour la DPS, le gouvernement devrait privilégier la construction sur un site disponible plutôt que de supprimer un patrimoine hospitalier encore susceptible d’être réhabilité et modernisé.Cette position rejoint les préoccupations exprimées dans l’opinion publique. Une partie de la population estime qu’il serait paradoxal de réduire la capacité hospitalière de la ville alors que les besoins en soins demeurent importants.
La question dépasse ainsi le seul cadre architectural : elle touche à la préservation de l’offre de soins, à l’accès aux services hospitaliers et à la gestion du patrimoine public.Le député national Ngoyi Kasanji s’est également invité dans le débat, relayant les préoccupations suscitées par le projet et appelant à une solution conciliant les impératifs de modernisation des Cliniques universitaires et l’intérêt de la population.
Son intervention illustre la dimension désormais politique d’un dossier qui oppose différentes visions de l’aménagement sanitaire de Mbujimayi.Parallèlement à cette controverse, une autre option est évoquée : la construction des nouvelles Cliniques universitaires sur la concession de l’UOM située à Lusangu, dans le territoire de Lupatapata, d’une superficie de 45 hectares.
Cette alternative permettrait la réalisation d’un complexe hospitalo-universitaire sur un espace dédié, sans nécessairement compromettre l’infrastructure existante de Dipumba.La concession de Lusangu apparaît ainsi comme une piste susceptible de concilier deux impératifs : moderniser les Cliniques universitaires de Mbujimayi et préserver une infrastructure hospitalière existante. Elle ouvre également la voie à une planification à long terme intégrant les besoins en soins, l’enseignement médical, la recherche scientifique et l’expansion future des infrastructures universitaires.
Le bras de fer entre la DPS, les acteurs politiques, notamment le député Ngoyi Kasanji, et une partie de la population met donc en lumière une question fondamentale : faut-il démolir pour reconstruire ou construire ailleurs tout en conservant et en réhabilitant l’existant ? Dans ce débat, Lusangu pourrait constituer une piste de compromis, sous réserve que sa faisabilité technique, foncière, financière et sanitaire soit formellement établie par les autorités compétentes.
Au-delà de la polémique, l’enjeu demeure celui d’un développement hospitalier cohérent pour le Kasaï-Oriental : construire des infrastructures modernes sans affaiblir l’offre de soins disponible, et faire de l’université un véritable pôle régional de formation, de recherche et de prise en charge médicale.
Léon Rutherford Kanku






